Mujeres Libres

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Message  Pti'Mat le Sam 26 Déc 2009 - 10:37

Petit topic sur les Mujeres Libres, groupe féminin luttant contre l'oppression de la femme et travaillant sur les rapports hommes/femmes dans la CNT de la guerre d'Espagne.

Entretien avec Sara Berenguer

Sara Berenguer née en 1919 à Barcelone dans une famille ouvrière.
Son père est militant de la CNT. Le 19 juillet 1936, la révolution éclate à Barcelone.
Sara a 17 ans. Spontanément, elle s'engage aux côtés des libertaires. Sa première action est de suivre son père sur le front. "Tu es trop jeune " Elle se jette alors, avec enthousiasme et courage, dans la lutte. Son amour instinctif pour la liberté s'ancre chaque jour davantage dans l'idéal anarchiste auquel elle reste toujours fidèle aujourd'hui, soixante ans après.
Elle occupe divers postes : secrétaire du comité révolutionnaire (CNT-FAI), du Comité régional de l'industrie de construction. En même temps qu'elle s'instruit, elle enseigne la nuit à l'Athénée culturel, les journées n'ayant pas assez d'heures pour tout ce qu'elle veut entreprendre.
Elle collabore ensuite à Solidarité Internationale Antifasciste, aux Jeunesses libertaires. Elle est enfin secrétaire à la propagande du Comité régional de Mujeres Libres.
Avec Mujeres Libres, son action militante s'oriente résolument vers l'émancipation des femmes. L'arrivée des troupes fascistes dans Barcelone l'arrachera à ses activités révolutionnaires.
L'exode, la route aveugle sur laquelle elle a le sentiment "d'abandonner l'espoir d'un futur plein de promesses", ne l'anéantit pas ; en France elle continue de lutter pour promouvoir ce monde plein d'amour qu'elle porte dans son cœur.

M.L. : Aujourd'hui, 20 février 1997, j'ai passé quelques heures en ta compagnie Sara, et j'ai voulu savoir après soixante ans de lutte ce que pouvait encore signifier pour toi être féministe et anarchiste.
S.B. : D'abord, je ne suis pas anarchiste, car être anarchiste c'est beaucoup plus que ce que je suis parvenue à être et ne dis pas que je suis féministe, car je ne le suis pas, je suis une militante libertaire féminine, je ne suis pas pour la domination des femmes sur les hommes. Féministe, c'est comme machiste mais au féminin. Je me suis toujours battue avec des hommes, contre l'oppression. Mon combat va bien au-delà, il concerne également les hommes. Les deux sexes doivent conquérir la liberté de paire. Non, non je ne suis pas féministe, je suis femme. La liberté de la femme est la condition de la liberté de l'homme et vice versa. La liberté comme nous l'entendons nous, libertaires. Elle ne vise pas à remplacer des hommes par des femmes dans la hiérarchie de l'exploitation mais à supprimer l'exploitation de l'homme par l'homme, qu'il soit mâle ou femelles. Ce n'est qu'ensemble et pas opposés les uns aux autres que nous y parviendrons. C'est en cela que nous nous distinguons de celles qui se réclament du féminisme et qui ne remettent pas en question les fondements de cette société.

M.L. : Mais, Mujeres Libres, c'est une association de femmes
S.B. : Oui, bien sûr, une association féminine. Il ne fallait pas attendre des hommes qu'ils se préoccupent de l'aliénation spécifique que subissaient les femmes et qu'ils favorisent leur émancipation. Nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes. Qui se sent opprimé doit arracher sa liberté, et la femme se sentait opprimée à plusieurs titres, parce qu'elle était membre d'une société fondée sur l'exploitation, mais aussi parce qu'elle était femme. On entendait des phrases comme "las mujeres a fregar los platos" (les femmes à la vaisselle) même parfois de la part de certains militants libertaires qui n'avaient pas compris que l'émancipation des deux sexes devait aller de paire

M.L. : L'exploitation des femmes devait sembler à tes compagnons un problème qui se réglerait de lui-même lorsque la société libertaire fonctionnerait ?
S.B. : Et nous, les femmes, nous avions, globalement, un temps de retard pour arriver à une conscience sociale égale à celle des hommes Les choses ne changent pas du jour au lendemain, parce qu'on le décrète ou seulement parce qu'on le souhaite très fort. Nous voulions tout de suite conquérir l'égalité, il fallait mettre les bouchées doublés. Il nous a donc fallu nous organiser en groupes féminins pour aider à l'émancipation de la femme au sein même du mouvement libertaire et en son nom. Nous nous sommes toujours revendiquées féminines et non féministes mot qui avait pour nous une connotation autoritaire, pas libertaire. Nous étions organises pour venir en aide à nos compagnes, par l'alphabétisation (peu de femmes savaient lire, s'exprimer par écrit ou oralement), pour les éveiller à la prise de conscience et leur donner les moyens d'exprimer l'oppression qu'elles subissaient. Ne pas avoir les mots justes pour dire ce que l'on a dire est un lourd handicap, une faiblesse qui mettait les femmes dans une condition d'infériorité. Nous avons tout de suite mis en route des cours du soir, dans les athénées, des conférences où les femmes venaient nombreuses s'abreuver des paroles de celles qui avaient pris conscience avant elles du rôle social qu'elles pouvaient jouer. N'oublie pas que nous étions non seulement en période révolutionnaire mais aussi en guerre. Certaines avaient choisi de partir au front, auprès des hommes, beaucoup y ont laissé leur vie, d'autres, les plus nombreuses, ont remplacé les hommes dans les travaux de la terre ou de l'industrie pour lesquels elles n'avaient aucune compétence auparavant, puisqu'elles étaient reléguées aux travaux ménagers, chez elles, ou d'exécution, dans l'industrie. Les femmes ont dù se former, s'instruire rapidement, pour continuer à faire fonctionner l'économie, qui souvent était collectivisée. Ce sont en majorité des femmes qui ont organisé la production, les cantines, les garderies pour les enfants et, lors de l'exode, leur protection. Nous participions aux secours aux blessés, nous soutenions les combattants du front, travaillions à les nourrir, les vêtir.


M.L. : Toi, Sara, en tant que femme militante, comment as-tu senti que les hommes te considéraient ?
S.B. : Les militants ? Comme une personne à part entière ; que ce soit au Comité national où j'étais secrétaire, ou après, en exil, j'étais un individu comme les autres, le sexe importait peu. J'étais une militante parmi les militants, une de plus, équivalente.

M.L. : Pourtant tu as ressenti le besoin de t'investir auprès des femmes de Mujeres Libres, qui est une organisation spécifiquement féminine et tu continues.
S.B. : J'ai milité aussi à Mujeres Libres, en même temps que dans des groupes mixtes. Comme je te l'ai déjà dit, l'émancipation des femmes ne pouvait venir que de femmes plus conscientes que les autres du rôle social que la femme devait avoir, la parole féminine avait plus de poids auprès des femmes que celle des hommes, c'était une réalité que nous ne pouvions nier du jour au lendemain, elle devrait disparaître dans une société libertaire. Mais la société libertaire était en création. Le machisme de la société espagnole dans lequel bous baignions, et qui, n'est pas tout à fait mort, avait contaminé tous les hommes, plus ou moins consciemment, nous sentions que seules des femmes pouvaient s'occuper de cela : mettre la femme au même niveau d'instruction et de formation professionnelle que l'homme ; l'aider à se libérer des tabous religieux et familiaux qui la maintenaient dans la résignation, l'aider à s'épanouir sur tous les plans (sexuel, artistique, scientifique. Non, nous ne pouvions réellement pas compter sur les hommes pour cela, fussent-ils libertaires. Il fallait que les femmes s'entraident d'abord. Et tout de suite, pas demain, ce monde nouveau, nous devions le construire ensemble, de pair.

M.L. : Parle-moi de ton combat ?
S.B. : Mon combat.
Il a d'abord consisté en la prise de conscience de ma propre exploitation en tant que femme : je n'étais qu'une ouvrière sans qualification, je sentais bien que j'étais révoltée contre la domination des hommes, des patrons qui m'exploitaient, mais je n'avais pas d'argumentation solide, je l'ai trouvée auprès des compagnons libertaires (femmes et hommes) que j'ai côtoyés dès les premiers jours de la révolution. Je voulais être utile à la révolution et je ne savais pas faire grand-chose. Mais j'avais une immense faim d'apprendre. J'ai commencé par me former, par m'instruire, et dès que j'en savais un peu plus, j'en faisais profiter celles qui en savaient un peu moins.
C'était une période de grand enthousiasme, de solidarité. Nous nous sentions très fortes, nous aurions soulevé des montagnes. Et en fait, nous en avons soulevé. En quelques mois, tout ce qu'après les femmes ont mis des dizaines d'années à obtenir en Europe, nous l'avons mis en place : l'avortement libre, la procréation consciente, la liberté sexuelle de la femme, l'union libre, l'égalité des salaires, tout allait très vite dans l'enthousiasme révolutionnaire.
Ce qui me paraît le mieux caractériser note combat pendant ces trois années de révolution et de guerre est que nous avons donné avec joie, sans compter, notre temps, notre énergie. Chacune avait un travail de huit heures, et nous trouvions quand même le temps de nous instruire, d'enseigner aux autres, de militer, et tant d'autres choses. Il restait peu de temps pour se reposer ou pour s'intéresser à soi. Nous pensions tellement que ce monde nouveau, qui était notre Œuvre, allait durer. Il y a eu beaucoup de femmes formidable !
Un magnifique enthousiasme joyeux nous portait, nous n'avions pas peur, malgré les bombes, nous avions à faire, à faire. Cela seul comptait. Et tout cela a sombré dans l'oubli pendant longtemps.
On a oublié ce que votre génération a redécouvert dans les années 70, que vous avez arraché au pouvoir par vos luttes. La contraception, l'avortement, l'égalité des sexes. Nous avions obtenu tout cela en 1936 en Espagne. Quarante ans de fascisme l'avait enterré.

M.L. : Après l'exode, il y a eu un grand silence de Mujeres Libres.
S.B. : Oui, trop long silence. Beaucoup de nos compagnes ont été fusillées par Franco, d'autres se sont éparpillées à travers le monde. Un bulletin de Mujeres Libres est réapparue à Londres en 1962, j'en ai pris connaissance en 1963 et j'y ai collaboré jusqu'en 1976 où les compagnes d'Espagne ont pris le relais.

M.L. : Et maintenant Sara ?
S.B. : Maintenant, avec ce qui me reste de forces, je travaille à rassembler les témoignages des compagnes qui sont encore en vie pour reconstruire notre mémoire, pour vous, les jeunes, qui continuez ce que nous avons commencé il y a bien longtemps. Car il y a encore à faire pour l'émancipation de la femme en particulier, et pour celle de l'être humain en général.

M..L. : Soixante ans après, votre lutte vient enfin la connaissance du public, grâce au cinéma, Land and Freedom de Ken Loach et Libertarias de Vicente Aranda, grâce à la presse aussi, votre combat est enfin divulgué par les médias.
S.B. : Pour nous, c'est un peu tard. Mais c'est quand même bien, ces fictions traduisent bien ce qu'a été la femme libertaire en Espagne, cette solidarité, cet enthousiasme, ce courage, cette intelligence du cœur et de l'esprit. c'était bien ainsi qu'étaient mes compagnes. M.L. :

Et en conclusion, Sara, femme libre ?
S.B. : Se sentir libre n'est pas suffisant, il faut toujours lutter pour que toutes les femmes le deviennent, pour que cet idéal qui m'a fait vivre et que je porte toujours dans mon cœur voie le jour.

Pendant notre entretien, Sara a oublié son cœur malade, les rides de son visage se sont estompées pour laisser toute la place à son regard qui réchaufferait la plus désespérée des militantes. Merci Sara pour toute la chaleur que tu nous communiques, pour cet enthousiasme que tu sais si bien rallumer dans nos cœurs.

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Re: Mujeres Libres

Message  Pti'Mat le Sam 26 Déc 2009 - 10:44

La femme dans la guerre et la révolution.
Mujeres Libres 1936. Lucia Sanchez Saornil


Antécédents :
Depuis notre plus jeune âge, nous souffrions en regardant les visages, prématurément vieillis des femmes de notre peuple. La rébellion naissante, mais profondément justifiée, nous poussait à rechercher la cause de ces rides profondes qui marquaient les fronts mais bien souvent les joues.
Déjà, nous séparions les femmes en classes sociales, nous découvrions, sauf en de rares exceptions, une condition commune à toutes l'ignorance et l'esclavage.
L'ignorance se couvrait dans les classes privilégiées d'un vernis de connaissances superflues. On y dissimulait l'esclavage sous un sourire de condescendance on une révérence galante. Parfois, cet esclavage-là nous paraissait plus triste, il n'attaquait pas directement la chair mais étouffait l'esprit dans de fausses louanges. C'est ainsi que nous nous prîmes à rêver d'émancipation féminine.
Nous avons connu diverses organisations nées autour de ce rêve. Les unes ont prétendu établir une compétition stupide quant à l'attribution des capacités intellectuelles ou physiques entre les deux sexes. D'autres, s'accrochant au sens traditionnel de la féminité, prétendaient que l'émancipation féminine se trouvait dans le renforcement de ce sens traditionnel et centrait toute la vie et tout le droit de la femme autour de la maternité, élevant cette fonction animale jusqu'à des sommets de sublimation incompréhensibles.

Aucune ne nous satisfit. La plus en avance visait le droit politique, suivant à dessein le mauvais chemin qui mérite bien de s'appeler masculin, En suivant ces sentiers rebattus, on prétendait enfermer la femme dans les mêmes cases qui emprisonnaient les hommes depuis des siècles. En prônant leur émancipation, elles ne trouvaient pas d'autre chemin que celui de l'esclavage avec des conceptions identiques à celles qui avaient creusé, depuis des siècles, le sillon de l'esclavage masculin et donc, de l'esclavage de l'humanité tout entière.

Nous avons décidé d'ouvrir de nouvelles voies conformes au droit immanent à tout individu. Rompre avec tous les traditionalismes, exalter les valeurs propres à la femme, cultiver ce qui, dans l'esprit et le tempérament, la différencie de l'autre sexe, extraire d'elle cette individualité très particulière destinée à être le complément nécessaire pour l'édification du monde futur.

Nous étions un nombre réduit de compagnes.
Militantes dans le camp anarchiste, nous prétendions porter sur nos épaules cette gigantesque entreprise mais nous n'avions pas l'audace de vouloir la mener à bout. Ce début nous paraissait déjà un pas de géant sur la voie de réalisations que d'autres pourraient prendre en charge, d'autres plus fortes ou plus compétentes que nous.Nous comprîmes que pour développer nos plans, le plus urgent était d'avoir un organe de propagande qui systématiserait, autant que possible, la divulgation de nos idées.

Au mois de mai 1936, naquit la revue Mujeres Libres. Le choix de ces deux mots n'était pas un pur hasard. Nous voulions donner au mot " mujeres " (femmes) un contenu maintes fois nié. En l'associant à l'adjectif " libres " nous nous définissions comme absolument indépendantes de toute secte ou groupe politique, cherchant la revendication d'un concept - mujer libre (femme libre) - qui jusqu'à présent était connoté d'interprétations équivoques qui rabaissaient la condition de la femme en même temps qu'elles prostituaient le concept de liberté, comme si les deux termes étaient incompatibles.
Nos intentions se virent couronner du meilleur succès. La revue réveilla un intérêt dans le monde féminin et nos idées furent accueillies comme l'unique espoir de salut pour des milliers de femmes.


Comment naquit Mujeres Libres. Ses caractéristiques
Nous commençâmes à prévoir le deuxième volet de notre projet. Une compagne du groupe se chargea d'une tournée de conférences qui se déroulèrent dans plusieurs athénées libertaires, et alors que nous annoncions la création de groupes culturels qui devaient être le fondement de l'action future, le soulèvement militaire qui plongea l'Espagne dans une lutte sans quartier, fit irruption.
On aurait pu croire que cet événement allait ruiner tous nos plans quand, au contraire -mais par des chemins différents- il donnait une impulsion plus forte à notre action et plus favorable à notre propagande.
C'était inouï, la guerre lançait les femmes dans la rue. Les conditions uniques, sans précédent, dans lesquelles le mouvement eut lieu, arrachaient les hommes du foyer, salis laisser le temps de les retenir au jeu d'un sentimentalisme désormais dépassé. L'effondrement de tous les ressorts de l'État, de tous les subterfuges de l'autorité, laissait les femmes livrées à leurs propres forces et contraintes à résoudre elles-mêmes le problème gigantesque de leur propre existence.

Un individu, ces jours-là, était comme un bouchon flottant sur les vagues de la mer sociale déchaînée, exposé à tout moment à être avalé par la tourmente. Il se formait précipitamment des agrégats humains et des collectivités. La sauvegarde de l'intérêt individuel dépendait de la sauvegarde l'intérêt collectif. Les femmes n'hésitèrent pas un instant à suivre ce chemin : ce que ne faisait pas la conscience, l'intuition le faisait. Le problème social arrivait à elles par le biais du problème individuel, face à face, en pleine rue, les murs de contention de l'antique foyer enfin rompus.

Instantanément, deux vertus immanentes à la femme, qu'elle ignorait sous sa forme sociale, se développèrent : la solidarité et l'émulation. Bientôt nous commençâmes à extraire de ces nouvelles conditions tous les avantages qui favorisaient notre objectif. En accord avec elles, nous entamâmes un nouveau plan d'action. Il devait en même temps apporter de l'aide à l'antifascisme et à la cause de l'émancipation féminine, partie intégrante de la Révolution.
C'est ainsi que naquit Mujeres Libres.

Sa caractéristique la plus intéressante est celle des Sections de Travail. En un mois, nous atteignîmes le chiffre de trois milllle affiliées. Mais disons en quoi consistent ces sections.
Nous avons regroupé les femmes selon trois critères : leurs connaissances, leurs aptitudes ou leur vocation, le premier critère étant souvent absent. Elles forment des sections en relation avec les activités sociales liées à la guerre ou plus nécessaires pour le déroulement normal de la vie à l'arrière, comme : les Transports, la Santé, la Métallurgie, le Commerce et les Bureaux, l'Habillement, les Services Publics et la Brigade mobile.

Les noms de chaque section disent clairement l'activité qu'elles embrassent. Seule la Brigade mobile est formée des compagnes qui n'ont pas su expliciter leurs préférences pour une tâche et qui se sont regroupées sous cette dénomination, disposées à répondre aux besoins de n'importe quelle activité non prévue par nos sections.
Nous avons créé ces groupes avec l'approbation directe de la CNT, en qui nous avons trouvé, à la Fédération Locale de Madrid, un appui ferme et efficace. Ces groupes ont un caractère prévisionnel et se préparent en se formant professionnellement, en attendant qu'arrive l'heure -puisse-t-elle ne jamais arriver !- où la guerre, appelant au front les bras masculins, rendra leur concours nécessaire sur les lieux de travail.

Pour faire partie de nos sections il faut être bénévole et solidaire de la cause antifasciste. Nous ne cacherons pas, qu'au début, nous avons dû nous défendre péniblement des interprétations tordues que les uns ou les autres donnaient de notre labeur. D'aucuns soutenaient que nous voulions créer un organisme syndical féminin pour établir des revendications échevelées, d'autres confondaient notre Groupe avec une simple Agence pour l'Emploi chargée de résoudre exclusivement les problèmes économiques des femmes.
Rien ne nous a fait hésiter, rien ne nous a fait dévier de nos objectifs. Parfois, nous butions contre la résistance passive de secteurs, comme les Trams et le Métro. Peu importe, nous insistions. Rien ne fera diminuer notre détermination.
Actuellement, notre Groupe a sa personnalité bien définie et elle compte sur un respectable noyau de compagnes qui, autour le notre travail, se sont forgé une conscience révolutionnaire et agissent avec un haut degré de responsabilité.

En plein travail
Les Sections étant constituées, quelques-unes ont commencé à recevoir leur instruction professionnelle, d'autres, bientôt la recevront. Entre les premières, se distinguent les Transports, et c'est une satisfaction de constater l'intérêt et l'enthousiasme que le syndicat unique de cette industrie a mis à soutenir notre idée. Dans le syndicat lui-même, sous la responsabilité des compagnons Esteban Ventura, José Garrido et Claudio Montilla, fonctionne une école théorique et pratique d'automobiles. Quarante jeunes femmes y reçoivent la formation et je ne sais qu'admirer le plus, si c'est l'attention passionnée des élèves ou l'intérêt qu'y portent les enseignants. Le Syndicat des Transports a montré en cela une vision claire de la situation. L'activité révolutionnaire des syndicats offre différents aspects, mais il se peut que l'on puisse citer entre les plus éminentes, cette activité particulière du syndicat des Transports, dont certains refuseront peut-être de reconnaître l'importance. Dans quelques jours commenceront aussi les cours pratiques pour les compagnes de la Section Santé aidées également par le syndicat de ce secteur.

Par des démarches directes du Groupe, un grand nombre de compagnes travaille déjà pour la cause antifasciste, les unes sur des postes rétribués, d'autres généreusement comme bénévoles.
Il est particulièrement émouvant de constater l'abîme que les femmes elles-mêmes ont ouvert entre leur vie d'hier et celle d'aujourd'hui. De constater avec quelle ardeur elles se donnent à la cause commune, quels désirs de se surpasser s'allument en elles chaque jour. Quelles énergiques protestations avons-nous entendu s'élever devant les décisions d'évacuation des femmes !
C'est normal, les organismes officiels, habitués à un déroulement mécanique ne peuvent pas tenir compte des profondes transformations psychologiques qui s'opèrent au sein des individus. S'en tenant au vieux concept de la galanterie protectionniste, s'arrêtant à la traditionnelle faiblesse féminine, ils prétendent éloigner la femme des zones dangereuses alors qu'elle a elle-même conquis l'honneur d'être en première ligne. Et la femme madrilène, qui a même su prendre sa place dans les tranchées, mérite moins que toute autre cette humiliation.

Que l'on procure toute sorte de facilités à celles qui veulent s'éloigner de Madrid, niais que l'on n'oblige pas celles qui, avec les mêmes droits que les hommes, veulent dédier leur vie à l'écrasement du fascisme et à l'édification révolutionnaire.

Nous avons dépassé involontairement l'objet de ce travail...
Nous donnerons sommairement quelques nouvelles de notre Groupe. À sa tête est un comité responsable de trois compagnes se charge de l'administration et des questions de conseil, culture et propagande. Sous son contrôle, fonctionnent des sous-comités dont les compétences exclusives sont les suivantes : le travail, la solidarité en faveur de Mujeres Libres, et le soutien moral au front. Des précisions pour ces deux derniers sous-comités, le premier étant éloquent :
Notre groupe n'a aucun apport financier régulier. Il ne peut demander de contribution monétaire aux compagnes qui offrent leurs bras généreusement, alors que parfois elles n'ont même pas de quoi assurer leur subsistance. La commission Solidarité se charge de négocier auprès des syndicats, athénées, et autres, des dons ou subventions pour permettre le développement de notre Groupe. La Commission de Soutien Moral, nouvellement créée, tente d'acquérir par les mêmes moyens les articles qui adoucissent les peines de nos combattants et qu'elle se propose de collecter, par les actions adéquates, et de distribuer elle-même sur les fronts.

Voici les principales caractéristiques de notre Groupe.
Les projets de plus ample envergure comme les groupes culturels et les liberatorios de la prostitution, dont nous ne vous parlerons pas ici pour ne pas rallonger l'article, sont restés relégués, à cause de la guerre, sur un second plan. Nous espérons que les circonstances nous permettront de les développer bientôt.
Nous ne voulons pas finir sans souligner ici, une fois de plus, l'aide généreuse que nous avons rencontrée dans tous les éléments de la CNT.

Lucia Sanchez Saornil. Secrétaire du Groupe Mujeres Libres.
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Re: Mujeres Libres

Message  Pti'Mat le Sam 26 Déc 2009 - 11:46

Femmes libertaires, femmes en lutte...
femmes libres !

Thyde Rosell

J'lai pas vu, j'l'ai pas lu mais j'en ai entendu causer. Mujeres Libres, à peine citée dans l'histoire des femmes, non reconnue comme composante du mouvement libertaire espagnol par les anars eux-mêmes.
Les auteurs d'ouvrages relatant la révolution espagnole, les militants essayant d'en rendre compte dans la presse anarchiste ont du mal à définir ce mouvement : propos déformés, lesbianisme nié (1), intellectuelles ou ouvrières...

Et pourtant, ce furent des milliers et des milliers de femmes qui s'émancipèrent et assumèrent la situation (2). Plus de 20.000 femmes s'ouvrirent comme des roses (3) à la construction de leur émancipation en termes économiques, sociaux, culturels, éducatifs, guerriers ou médicaux. Le tout dans l'enthousiasme de la jeunesse, de la liberté, au nom de la vie enfin réinventée.

Dès l'origine, les Mujeres Libres considèrent le féminisme comme un mouvement politique visant la prise du pouvoir car aucune organisation de femmes ne remet fondamentalement en cause le fonctionnement de l'État espagnol ou le capitalisme. Ayant comme contre-modèle le courant féministe bourgeois et réactionnaire très actif en Espagne au cours des années trente les initiatrices de Mujeres Libres, formées à la CNT ou aux Jeunesses Libertaires, créeront une organisation de femmes se considérant comme une des composantes du mouvement libertaire.

Sans qu'on le sache, une révolution féministe était en train de naître, de la même manière qu'entre tous nous faisions une révolution sociale (4). Triples victimes : du capital, du patriarcat et de l'ignorance disent-elles en parlant de l'oppression féminine. Nous pourrions ajouter un quatrième joug : celui de la reproduction dans la sphère politique de la hiérarchisation des fonctions. Le mouvement libertaire n'y échappera pas. Mujeres Libres subira de plein fouet désengagement, désintérêt, humiliation de la part des organisations anarchistes.

La chape de plomb du franquisme, le renouveau du féminisme des seventies, le silence tonitruant de l'anarchisme organisé ou non participent, chacun dans son domaine, à la méconnaissance de cet élan social, libertaire et féministe de ces milliers de compagnes espagnoles. En effet, Mujeres Libres chamboule les idées préconçues des hommes et des femmes quant à la révolution, la réforme ou "ce qui est bon pour le peuple". Ces femmes à peine alphabétisées (5) dérangent à la fois les tenants du patriarcat, les anars et semblent être ignorées des anarcha-féministes petites-filles de Simone de Beauvoir, de Simone Veil ou d'Emma Goldman (grosso modo héritières des courants intellectuels, citoyens et politiques du féminisme) méconnaissant les activités de leurs aînées qui ont inventé le premier mouvement lutte de classes de femmes de l'histoire ouvrière (6). Seules en Espagne, des compagnes se réapproprièrent, si ce n'est la méthode, du moins le nom. Une gageure !

Deux chercheuses universitaires, Mary Nash et Martha Ackelsberg ont ajouté leurs travaux à la voix quasiment inaudible de ces militantes libertaires : le mur de l'indifférence est lézardé. Un bon patchwork qui renoue avec l'origine de Mujeres Libres créée par une poignée d'intellos et d'ouvrières, toutes militantes syndicalistes libertaires...

En cette fin du XXème siècle, les vieilles compagnes bataillent pour l'extériorisation et donc la diffusion, la re-connaissance de leur mémoire collective. Et nous autres, au groupe Las Solidarias, nous nous en faisons l'écho. Avec émotion, en toute humilité, nous réapprenons leur et donc notre histoire, celle des non-dits, de la solidarité, d'un humanisme intégral, celle des découvertes !


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Les femmes sortent de l'ombre


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Un féminisme balisé à droite, au centre, mais ignoré par les populations ouvrières ou paysannes balbutie pendant ces années trente et s'épanouira pendant la révolution.
En 1932, l'Action Catholique Féminine déclare 38.000 adhérentes. 5.000 femmes madrilènes adhèrent à Aspiraciones, association religieuse antisémite, anti-communiste.

Les fêtes du Sacré-Cœur animées par des femmes en deuil sont offensives en 1932-33. L'extrême-droite utilise le vote des femmes instauré par la république. Les aristo-femmes tâtent même du cachot.

Dans cette ambiance, beaucoup pensent que ce sont les femmes de droite qui ont provoqué le changement politique de cette Deuxième République. Ces analyses, un peu simplistes, oublient l'abstentionnisme des anarchistes et des féministes, le départ des socialistes du gouvernement.

Sortir les femmes du moyen-âge où les ont maintenues la tutelle ecclésiastique et la misère sociale apparaît comme la toute première urgence pour les femmes républicaines, révolutionnaires et libertaires qui se consacrent à la santé, à l'enseignement, à la paix. Toutes s'abstiennent d'intervenir sur un terrain politique. Des féministes créent une revue Cultura integral y feminima (1933-36), une des premières voix à s'élever contre les camps de concentration nazis.

Petits perce-neige de la révolution quotidienne, au cours de la première apparition publique de la CNT à la foire du livre de Barcelone, des jeunes femmes vendent à la criée des ouvrages traitant de la maternité consciente (7). La revue Estudios, à l'avant-garde d'une campagne en faveur de l'éducation sexuelle et de l'émancipation féminine aura un tirage qui oscillera entre 65.000 et 75.000 exemplaires.

Avant 1936, seules deux femmes avaient leur permis de conduire à Barcelone. Malgré une législation favorable, il y eut très peu de divorces et le phénomène fut essentiellement urbain (8 mariages madrilènes sur 1.000) Les ouvrières (surtout les célibataires) refusent les congés de maternité pourtant votés par un gouvernement "radical" ! À cette époque les femmes accouchent sur leurs lieux de travail. Beaucoup ont peur du licenciement ou de l'opprobre populaire quant à leur sexualité que l'obtention de congés de maternité mettrait en avant. Beaucoup redoutent un licenciement - la misère est telle que les femmes basques, andalouses, asturiennes organisent des marches pour obtenir du pain au cours des grèves libertaires de l'été 34 - et/ou l'opprobre social (qui peuvent être liés) générée par la demande de congés de maternité trahissant l'exercice d'une sexualité.

Suite au soulèvement des Asturies d'octobre 1934 qui vit une femme communiste, Aïda La Fuente, mourir la mitraillette à la main ; Margarita Nelken, militante du PCE, organise des meetings en France pour dénoncer la répression. La Pasionaria (basque et femme de mineur) participe à la création de Infancia Obrera pour sauver les enfants asturiens.

Les femmes de droite occupent le terrain politique et associatif alors que les républicaines se consacrent principalement à l'éducation. Le féminisme se divise, par delà des oppositions politiciennes (gauche-droite), essentiellement suite aux évènements d'Asturie. La classe ouvrière y voit les prémices d'un renversement sociétal. La droite tremble : les féministes "apolitiques et indépendantes" dans leur journal Mundo femenino (1921-1936) déplorent que trop d'énergumènes en jupes aient combattu et que les femmes de mineurs n'aient pas su retenir leurs hommes (9). Historiens, voire socialistes et anarchistes, pensent que les femmes sont instrumentalisées par l'Église, qu'elles sont trop esclaves d'un mode de pensée étriqué et représentent en tant que corps constitué un danger pour les valeurs républicaines (10).

Le terrain politique est officiellement perdu pour une gauche féministe. Soit parce que les hommes considèrent les femmes dans leur ensemble comme irresponsables, soit parce que leur organisation est assujettie au mouvement ouvrier organisé : du Komintern, en passant par le front antifasciste verrouillé par le PCE. Les femmes s'épanouiront sur le terrain qu'elles auront choisi au cours de ces années : celui de l'éducation, de la santé, de la formation, de la solidarité... Un terrain rompant définitivement avec une vision linéaire, manichéenne de la libération individuelle ou collective. Un terrain miné pour une vision centraliste de la révolte ouvrière. Un terrain globalisant les exploitations économiques et patriarcales où germera l'émancipation individuelle. Un terrain où s'épanouiront les Mujeres Libres !


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Les femmes au boulot ou à la ronéo !


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De 1936 à 39, elles conduisent les tramways et négocient avec le syndicat des transports de Madrid l'ouverture d'une auto-école pour remplacer les compagnons partis au front. Elles ouvrent des centres de formation professionnelle, apprennent à tirer et à sauter en parachute. Elles sont contraintes de mendier auprès des syndicats le moindre local, le moindre subside pour... socialiser les usines, construire à l'arrière ou au front la révolution sociale.
Mujeres Libres peut se résumer dans ce propos de Pepita Carpeña : Je n'avais pas été invitée, mais je les suivis. Pas invitée à la réunion cénétiste, pas invitée à décider du comment se battre, pas invitée à s'organiser. Et non seulement, les Mujeres Libres ont suivi l'action mais elles l'ont très souvent devancée. La petite couturière et ses compagnes construisent un mouvement social qui ne se contente plus d'alphabétiser mais éduque et forme politiquement des milliers de femmes. Elles créent des centres d'accueil pour les réfugiés. Elles organisent l'éducation des enfants. Elles ouvrent un centre de réinsertion pour les prostituées. Elles combattent la mainmise des staliniens sur les organismes féminins et de solidarité internationale (11). Elles donnent corps et sens à une véritable révolution culturelle et sociale. Et elles ne se sont pas trompées. En 1939, des groupes Femmes Libres existent dans plusieurs pays européens, leurs publications appellent les femmes à expérimenter une bisexualité. Elles se sentent capables de combattre au front, de participer à l'industrie de guerre, de gérer leur quartier... en l'absence des hommes.

L'effondrement de tous les ressorts de l'État, de tous les subterfuges de l'autorité, laissait les femmes livrées à leurs propres forces et contraintes à résoudre elles-mêmes les problèmes gigantesques de leur propre existence (12). La révolution les transfigure. En quelques mois Mujeres Libres, par nécessité, s'affranchit de la tutelle syndicale ou politique. Elle embrasera le cœur des femmes et aucune, malgré la souffrance, la mort, l'exil ne regrettera cette expérience.


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L'anarchisme : une révolution copernicienne... malgré les anars !
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Quel bilan en tirons-nous aujourd'hui ? Une vie pleine d'enthousiasme, de rêves et d'utopies vaut des milliers d'attentes, de faux-semblants. Quoi qu'ils ou elles en pensent : elle et il sont issus de la révolution culturelle libertaire.
Lui, en créant un atelier égalitaire, en redonnant sa dignité au paysan, en tissant une solidarité de classe dans le quartier, à une époque où l'on pouvait être emprisonné pour un simple coup de pied, où le moindre sursaut représentait une menace pour une Église inquisitoriale ou pour un patronat protohistorique. Il a redonné de l'espoir à la classe ouvrière, il a mis à bas le joug en substituant à la charité, la solidarité, en égalisant les fonctions, en mettant dans la rue culture, sport, promenade, livre, théâtre et musique.

Elle a suivi, s'est imprégnée de cette autonomie intellectuelle et combative, a réintroduit cette collectivisation de la vie dans la sphère domestique, l'a sexuée. Elle est devenue femme malgré et grâce au mouvement libertaire ! Ni l'une, ni l'autre n'ont eu le temps de s'en apercevoir. Nous, simples spectatrice ou lecteur le sentons entre les lignes, le prévoyons.

Le mouvement libertaire espagnol, en quelques années a su onjuguer au présent section syndicale, formation intellectuelle et culturelle, a doté la jeunesse d'espaces libertaires. Et c'est parce qu'elles sont anarchistes, que des Saornil, Comaposada, Poch y Gascon fonderont Mujeres Libres, parce que les femmes ne participent pas assez à la lutte syndicale ou sont prisonnières de l'ordre établi.

La majorité des hommes espagnols, paraît ne pas comprendre le sens de la véritable émancipation ou dans quelques cas préfère que leurs femmes continuent à l'ignorer (13). Dès 1936, le mouvement libertaire est ainsi interpellé et placé face à ses responsabilités : ajouter à ses propositions sociales et syndicales alternatives à l'exploitation économique des axes de réflexion, des principes sociétaux capables d'émanciper, de libérer, de construire les personnes dans leur globalité.

La CNT ignore trop l'émancipation féminine, au contraire de la bourgeoisie ou du stalinisme qui utiliseront sans vergogne la législation libérale ou l'entrisme prolétarien (14). Ce double flux freinera l'expansion de Mujeres Libres en terme d'aides, de reconnaissances, d'expressions et sera le meilleur exemple de la libéralisation sociale des mœurs, de ce désir de justice sociale qui émergeront au cours de ce soulèvement social. Comment visualiser cet élan révolutionnaire de quelques mois seulement si ce n'est à travers, non pas l'effort de guerre, mais cette volonté d'émancipation sociale, de mutualisation des compétences qu'ont su porter Mujeres Libres. Non reconnue, à peine tolérée par le mouvement libertaire, Mujeres Libres en éduquant les femmes, en les intégrant à la construction d'une société plus égalitaire leur donne les clés de leur émancipation. Elle outille les femmes du peuple et pas seulement les libertaires. Et de fait les libère et se libère de la tutelle masculine.

Ce ne fut pas facile. Elles ont des salaires de misère, quémandent des locaux, des trésoreries. Elles s'organisent vite malgré le manque de moyens, les pressions, la peur. Elles deviennent très rapidement une force propositionnelle et analysent dans leurs rapports, leur congrès, les enjeux de la guerre, du pouvoir, des oppositions politiques et syndicales. Elles conjuguent pragmatisme, sauvegarde des acquis, renforcement des socialisations et collectivisations avec la construction d'une société plus libre (15). Elle se veulent une force féminine conscienteet responsable qui agira comme avant-garde de progrès pour que la femme puisse intervenir dans l'émancipation humaine, et qu'elle contribue... à la structure du nouvel ordre social (16).

Le mouvement libertaire, prisonnier de schémas patriarcaux restera sourd à leurs propositions : en 1938, l'assemblée générale plénière du mouvement libertaire refusa d'intégrer Mujeres Libres sous prétexte qu'une organisation féminine serait pour le mouvement un élément de désunion et d'inégalité, et que cela aurait des conséquences négatives pour l'essor des intérêts de la classe ouvrière (17) ! No comment...

En cela les hommes de la CNT, des Jeunesses Libertaires ont été des hommes de leur temps : de bons catholiques rationalistes, culs serrés et fils de leur Môman. Même aujourd'hui, les organisations anarchistes occidentales ont du mal à reconnaître les luttes anti-patriarcales ou l'appropriation des cultures populaires, comme fait émancipateur. Une hiérarchisation des revendications, une conception linéaire (nous pourrions dire masculine) de l'organisation renforcent les structurations patriarcales (le capitalisme en étant seulement un des aspects). Mujeres Libres aura eu le mérite de casser cette logique en étant à la fois organisation de classes et mouvement d'émancipation : chapeau !

Le timide appui qui nous a été accordé le fut toujours avec une lamentable condescendance (18). Il est évident qu'en 1936, les uns et les autres ne savent pas encore combattre la trilogie familiale malgré leur participation à la législation la plus libérale de l'époque (19). Nos compagnons ne voulurent pas nous reconnaître comme la branche féminine du mouvement libertaire, nous reçûmes cette offense avec stupéfaction (20). Cette reproduction des oppressions humaines, ce refus de prendre en compte la sphère domestique, cette peur de perdre un pouvoir, sont universels et toujours aussi actuels. La transformation des rapports sociaux deviendra certainement un levier révolutionnaire pour combattre sérieusement les inégalités humaines et économiques... le jour où nous les concrétiserons, où nous les vivrons comme nos compagnes ont tenté de le faire.

Mujeres Libres a essayé de réunifier le corps social. Il est regrettable qu'un déni collectif ait occulté de notre mémoire libertaire et féministe cette expérience unique. Même les historiennes ou les révolutionnaires ignorent l'exemplarité de ce mouvement : est-ce-à-dire que, malgré leur désir de globalisation, la dichotomie est toujours de rigueur ? Les uns (les anars) ont réellement combattu le capitalisme et ses structures oppressives (l'État) tout en ignorant les ressorts profonds des oppressions spécifiques (le patriarcat). Les autres (les féministes radicales) ont dénudé l'aliénation sexuée et ses cortèges oppressifs tout en conservant une organisation sociétale autoritaire. Il serait temps de coordonner, de reprendre à notre compte tous les outils capables de déstabiliser, de contrecarrer les aliénations humaines et leur corollaire - les oppressions économiques - dans des perspectives de recherches émancipatrices. Ce bouquin y participe : qui d'autre s'y colle ?


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Du refus de l'émiettement à la féminisation de l'éthique libertaire
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C'est un autre féminisme, plus substantiel, de l'intérieur vers l'extérieur, expression d'un genre, d'une nature, d'une complexité différente face à la complexité et à l'expression de la nature masculine (21).
Qu'on ne s'y trompe pas, Mujeres Libres est unique en tant qu'organisation libertaire. Elle appartient à la fois aux sphères syndicale, éducative, anarchiste, humaniste et féminine. Elle est partie prenante et autonome. Force centrifuge de transformation de la condition de la femme, elle lui offre un rôle actif dans la défense de la révolution sociale. Elle s'isole intellectuellement, de fait, de l'ensemble du mouvement libertaire tout en y participant. Anarchiste et anti-étatique sur les terrains féminins et humanistes, elle s'opposera systématiquement à leur assujettissement à la raison d'État ou au Komintern. Anarcha-syndicaliste, elle aura à cœur de construire une force féminine libertaire dans les usines. Anarchiste, elle construit des espaces de liberté. On se rendait compte que la liberté était nécessaire (22). Libres. Ils étaient libres d'inventer, de réaliser, de se battre et de permettre aux laissées pour compte de se découvrir. Le monde en s'émancipant se féminisait, s'ouvrait aux enfants (23). Ne mesurerons-nous pas les libertés publiques à l'aune du traitement de la marginalité (même si cette dernière est trop souvent majoritaire) !

Mujeres Libres transcendera la condition des femmes ouvrières et paysannes. En outillant la guerre sociale de compétences maternantes propres à la sphère domestique : soins apportés aux blessés, assistance aux réfugiés ou aux orphelins, création de dispensaires, de colonies... Mujeres Libres met à mal une vision linéaire de la révolution. Ces femmes ont concrétisé ou tenté de le faire ce pourquoi des milliers d'ouvriers, de paysans combattaient : la solidarité devint un ciment sociétal. Ainsi le féminin rejoint le masculin dans la mêlée révolutionnaire. Bravo !

La revue, les tracts appelleront autant les femmes à apprendre à tirer au fusil, à travailler en usine qu'à apporter toutes leurs compétences féminines en matière de solidarité citoyenne. Mujeres Libres a libertarisé la solidarité qui devient ainsi un acte fondateur d'une transformation sociale. Celles qui avaient fait des études, ignoraient l'humanisme, le sens collectif et la solidarité. Elles l'apprendront au contact des ouvrières, du peuple, dans lesgroupes de Mujeres Libres (24). Nous ajouterons, parce qu'elles ne le disent pas, le courage qui leur fallut collectivement et individuellement pour vivre pleinement leurs libertés (25).

En éduquant, en valorisant socialement, culturellement des femmes soumises à l'époux, à l'Église, Mujeres Libres donne sens à une révolution sociale et libertaire. Ce seront donc des femmes anarchistes qui à travers une Institution anarchiste révolutionnaire (26) formeront des milliers de femmes à leur propre émancipation et créeront ainsi les bases d'un féminisme populaire libertaire. Cette mise en acte devance leurs propres discours.

De nombreux témoignages de ce livre refusent le label féministe opposé au masculin ou apparenté aux idéologies bourgeoise ou étatique. Ces femmes intègrent toutes leur émancipation à celle de la classe ouvrière et paysanne et la relient à celle de leurs compagnons. Elles se réclament de la complémentarité : L'apport de la femme est nécessaire parce que nous avions compris et encore maintenant qu'il ne pouvait y avoir de révolution sans convergence de lutte entre hommes et femmes (27). Elles abordent peu, sur un plan théorique, l'oppression patriarcale, mais en construisant au présent, malgré la guerre, une société plus juste, elles créent les conditions sociales et culturelles de son dépassement.

Dans Toda la Vida ou Libertarias, nous les voyons prendre conscience de leur oppression spécifique et intégrer leur révolte, leur volonté d'émancipation à la sphère politique. Espace qui fut interdit à leurs héritières des seventies qui durent se construire dans une schizophrénie organisationnelle : d'un côté le mouvement féministe, de l'autre les anars ou le syndicat. Au cours de ces années trente, ce sera le grand mérite du mouvement libertaire espagnol que de toujours, par-delà ses réticences, son opposition parfois viscérale, de fédérer les énergies sociales... quand elles ne remettent pas en cause son fonctionnement centraliste. En l'espèce Mujeres Libres a autoproclamé son attachement au mouvement libertaire.

Les cénétistes espagnols de 36 étaient-ils anars malgré eux (28) ?

Moins populaires et non intégrés à la lutte des classes, les mouvements a-patriarcaux contemporains rejoignent de fait l'analyse de Mujeres Libres sur la complémentarité, l'identité de genre, une appréhension masculine des espaces politiques, la valorisation publique des rôles féminins (29).


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Féminisme ? Non, humanisme intégral !
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Les postulats de Mujeres Libres furent et sont toujours uniques dans leur formulation, ils embrassent en effet la problématique féminine dans sa globalité (30).
Mujeres Libres s'adresse à chacune, en se voulant une composante autonome de la sphère libertaire. Et pourtant, les compagnes anarchistes ne sont pas toutes à Mujeres Libres. Malgré une sororité issue de la même expérience sociale, toutes les femmes libertaires ne participent pas à ce mouvement spécifique.

Elles ne sont pas toutes d'accord, elles n'ont pas eu le temps nécessaire d'y réfléchir (il n'y eut qu'un seul congrès). Federica Montseny, dans ses écrits, défendra les thèses universalistes, représentatives de l'asexualisation de l'éthique libertaire (31). Amparo Poch y Gascon liera son militantisme féministe à ses activités médicales (32). Lucia Sanchez Saornil co-fondatrice de Mujeres Libres, à la fois standardiste, poétesse et peintre est une figure emblématique du féminisme libertaire à la fois culturel et populaire. Elle écrira pratiquement tous les articles non signés de la revue, rédigera les rapports nationaux et participera activement à Solidarité Internationale Antifasciste.

Baignées par un rationalisme mettant le bien-être dans le giron du progrès technique et l'égalité sociale, une éthique de vie quasi ascétique, coincées par le poids de l'Église et de la famille, ces femmes ont fait ce qu'elles ont pu avec leurs compétences, leurs idéaux, les réalités sociales. Elles ont su transformer des inégalités, des dévaluations en outils révolutionnaires. Les femmes ne travaillent pas : elles ont donc tout leur temps pour se mettre au service de la révolution. Les hommes nous maintiennent dans nos rôles maternels, nous collectiviserons notre compassion maternante. Les compagnons nous retirent du front : nous serons solidaires à l'arrière.

Ainsi par l'action, est né cet humanisme intégral alliant luttes de classes, libération du patriarcat et solidarités inter-personnelles. Les femmes occupent le terrain abandonné par les hommes : la rue, les champs, l'atelier et... la culture. Elles parlent, écrivent, versifient, dessinent (33).

Au cours de ces trois années, tous les débats traversant le mouvement féministe contemporain ont été abordés : parité des travaux et des rôles sociaux, prise en charge par la collectivité des tâches domestiques, ouverture ou stratégie d'autodéfense des organisations politiques, universalité ou spécificité. En politisant la sphère affective (soutien aux femmes victimes de l'analphabétisme, de la prostitution, de la maternité, de la famille), Mujeres Libres a intégré à la lutte des classes des valeurs morales universelles et solidaires appartenant jusqu'ici au réformisme, à la religion ou à un problématique futur révolutionnaire ! En s'adressant immédiatement à l'ensemble des populations féminines et non aux seules militantes elles ont offert au mouvement libertaire une globalité jusqu'alors repoussée à des lendemains... qui déchantent. En quelques mois elles ont inventé, façonné, rêvé ce pourquoi les êtres humains luttent : des égalités sociales, des rapports humains transformés.

D'aucuns diront que vos revendications datent, qu'aujourd'hui elles ne se posent plus (pour quelques occidentales). D'autres s'arrêteront à la forme et vous renverront à l'histoire ou au rêve éveillé : vos actions n'ayant pas été à la hauteur de vos ambitions. Certains et quelques unes, comme moi, en vous découvrant, nous contextualiserons vos préoccupations partagées par des millions de femmes en matière d'éducation, de formation, de santé, d'indépendance économique, de travail social. Enjeux fondamentaux pour l'émancipation humaine que la mondialisation économique de la vie tente de transformer en marchandise !

Nous analyserons la vacuité de certains objectifs dits émancipateurs et toujours reproducteurs d'inégalités s'ils ne sont pas ébauchés ou réalisés.

Merci à vous ! Merci de vos combats passés, de ce travail de mémoires plurielles !

En vous laissant conclure : Les fondatrices de Mujeres Libres en Catalogne, sur la fin de leur vie, font confiance aux nouvelles générations pour poursuivre leur lutte jusqu'à la pleine libération de la femme, il reste encore beaucoup à faire pour y parvenir (34).


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Thyde Rosell
Fille et nièce de militants à la CNT mais qui n'a entendu parlé des Mujeres Libresque sur le tard.


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NOTES
(1) Dans Le Combat Syndicaliste nE211, Miguel Chueca dans un article sur Mujeres Libres ne peut s'empêcher d'évoquer sans le nommer le lesbianisme de Lucia Sanchez Saornil, il préfère parler d'attirance pour les femmes. J'ai pourtant vérifié dans le dictionnaire ce mot existe. La route est longue, camarades !
(2) Interview de Suceso Portales dans De toda la vida . Des femmes libres dans la révolution espagnole.

(3) Interview de Sara Berenguer dans De toda la vida.

(4) Pura Perez. p 33.

(5) En 1930, 50 % des femmes sont analphabètes. La IIème République scolarise les garçons en vue de leur participation à l'industrie et alphabétise les filles réclamées seulement par les entreprises textiles, les tâches ménagères rétribuées ou pas, l'agriculture. En 1936/39, 4 % des femmes déchiffrent difficilement le castillan, maîtrisent les opérations de base.

(6) Pour la petite histoire, la traduction en français de Toda la Vida est une initiative de copines de la commission femmes de la FA ou de militantes de la Fédération Anarchiste. Une émission féministe sur Radio Libertaire a repris le nom de Femmes Libres.

(7) Témoignage de Lola Itturbe dans Toda la vida.

(8 ) D'après Inès Alberdi dans Historia y sociologica del divorcio en Espana.

(9) Cité par Danièle Bussy Genevois, histoire des femmes, XXème siècle, chapitre 6 p.177, Plon éditeur.

(10) En ayant gagné, nous avons perdu. Telle est la réalité. Reconnaissons que nous avons manqué de sens politique même si nous avons été en accord avec un postulat ( le droit de vote accordé aux femmes) de notre parti, El Socialista du 2 octobre 1931.

(11) Personne ne niera le courage d'une Pasionaria mais personne non plus ne niera l'instrumentalisation des organisations féminines par le parti qui n'aura de cesse d'exclure les femmes du POUM de toute initiative collective ou de nier toute démarche révolutionnaire : priorité est donnée à la lutte antifasciste et à l'annihilation de toute organisation sociale autonome capable de se substituer à l'État !

(12) Lucia Sanchez Saornil in CNT nE531.

(13) Extrait de Mujeres Libres n°1.

(14) L'Association des Femmes Antifascistes à laquelle adhèrent des députées est sous l'obédience de Dolores Ibarruti. Elle organise le travail des femmes en usine et l'aide internationale. L'Union des Muchachas (direction communiste) organise les femmes à Madrid et défend la ville assiégée.

(15) Par exemple : elles appelleront à l'embauche prioritaire des chômeurs (déjà formés) tout en créant des écoles professionnelles ou des brigades féminines de travail. Elles défendent l'égalité salariale tout en acceptant des sous-rétributions Elles défendent réellement les propositions et le fonctionnement de la CNT tout en construisant une force sociale féministe.

(16) Statuts.

(17) Cité par Mary Nash dans Femmes libres.

(18) Rapport de la fédération nationale Mujeres Libres aux comités nationaux du mouvement libertaire rédigé par Lucia Sanchez Saornil.

(19) La IIème république donne le droit de vote aux femmes, offre le divorce, reconnaît également enfant légitime ou adultérin. Montsenny, ministre de la santé, impose la loi sur l'IVG.

(20) Conchita Liano Gil.

(21) Voir Mujeres Libres nE1.

(22) Témoignage de Pepita Carpeña dans Toda la vida.

(23) N'oublions pas que parallèlement à l'émergence d'un mouvement féminin libertaire, partout fleurissaient des centres éducatifs tentant de libérer l'enfance de la tutelle étatique ou religieuse. Une étude approfondie pourrait peut-être faire émerger des parallèles, des constructions semblables et.pourquoi pas reproductibles au monde contemporain.

(24) Sara Berenguer.

(25) Le film de Vicente Aranda, Libertarias (1996), rend parfaitement compte du courage qu'ont eu toutes ces femmes pour s'émanciper de la tutelle familiale, religieuse ou organisationnelle et de leur combat pour sauvegarder leurs espaces de liberté contre les intérêts supérieurs de la guerre !

(26) Pura Perez.

(27) Témoignage de Sara Guillem dans Toda la vida.

(28) Attitude partagée par certains militants anarcho-syndicalistes contemporains. Pour exemple : Miguel Chueca dans Le Combat Syndicaliste nE212 rend compte de la publication du livre de Martha Ackelsberg sur Mujeres Libres et minimise les difficultés de Mujeres Libres à être reconnue par le mouvement libertaire (surtout ne pas toucher à la révolution). Martha Ackelsberg in Libre Pensiamento nE32 se satisfait d'une analyse historique de Mujeres Libres Ni l'une, ni l'autre ne relève pas en quoi l'organisation ne prend pas en compte les luttes émancipatrices, en quoi sa centralité idéologique est un rempart à la libération des personnes.

(29) Se reporter aux articles de Guillaume (groupe Durruti) Les anarchistes seraient-ils queer sans le savoir ?, Le Monde Libertaire 1210 et de Daniel Welzer-Lang Encore un effort camarades, Le Monde Libertaire nE 1208.

(30) Conchita Liano Gil.

(31) Mary Nash dans Femmes Libres résume ainsi la pensée de Federica Montseny qui participa aux travaux de Mujeres Libres mais qui divergeait avec elles sur la pertinence d'une organisation spécifiquement féminine : La solution au problème de l'émancipation des sexes se trouverait alors dans un auto-dépassement de l'individu qui lui permettrait d'arriver à créer un être humain nouveau.

(32) Elle fut la directrice del Case de la doña : centre de protection maternelle et infantile. N'oublions pas que les MST font des ravages et que la santé n'est pas un droit acquis pour tous. Elle écrira des textes sur la prise en charge collective de la santé dans les publications libertaires.

(33) N'oublions pas que peu maîtrisent le castillan. Son apprentissage est fondamental pour s'exprimer en public.

(34) Conchita Liano.
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