Les hommes et le féminisme

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Les hommes et le féminisme

Message  Pti'Mat le Sam 2 Jan 2010 - 13:03

Texte de Dominique Foufelle

(Qui pourrait venir aussi dans le topic "mixité/non mixité")


Quand vous entendez le mot «féminisme», vous sortez quoi ? Pour certains, la bonne grosse colère des familles, la hargne camouflée sous un «humour» graveleux, les amalgames calomnieux, les insultes... jusqu'à la mitraillette, comme cela s'est vu au Québec il y a treize ans. Pour d'autres, la goguenardise, genre : «Tiens ? Ça existe encore ce truc-là ?». Ou encore, la sympathie qui ne mange pas de pain : «Bravo, les filles ! On est avec vous... de loin». Et puis, il y a des hommes qui s'intéressent, s'interrogent, s'interpellent, allant (rarement) jusqu'à s'engager dans une action anti-sexiste, voire pro-féministe.
Bientôt le 8 mars, Journée Internationale des Femmes... C'est la date qui a été retenue pour la tenue à Genève du 1er Congrès international de la condition... masculine ! Paroles d'hommes, ça s'appelle, expression dont on sait qu'elle est censée garantir la sincérité de propos. C'est présidé par Paul-Loup Sulitzer, qui y fera une communication intitulée «L'homme blessé». On y débattra aussi entre autres de «La violence faite aux hommes», «La tendresse suspecte» (pères présumés coupables), et y dispensera des messages dynamisants : «Messieurs, cessez d'être gentils et/ou méchants, soyez un homme vrai». Cette rencontre est organisée par Yvon Dallaire, psychologue-sexologue, auteur entre autres de Homme et fier de l'être, principal animateur du site Option Santé (http://www.optionsante.com), qui promeut conférences et ouvrages encourageant les pauvres hommes à se défendre contre les attaques des méchantes féministes. L'objectif annoncé est aussi aimable que le nom du site : améliorer les relations hommes/femmes, qui ne cessent de se détériorer — la faute à qui ? Aux féministes bien sûr, qui à force d'accuser les hommes de tous les maux, les tourneboulent au point qu'ils ne peuvent plus jouer leur rôle au sein de la famille. Ce résumé est à peine plus grossier que les thèses exposées. Et encore ne s'agit-il que de la version apparemment soft d'un mouvement «masculiniste», en expansion notamment outre-Atlantique.



Pourquoi tant de haine ?
Les masculinistes se revendiquent comme des victimes des féministes. Souvent dans des termes dont l'excès pourrait porter à rire (Halte à la guerre des sexes ! par Aurélie Charnet). Ils les accusent d'avoir fait le malheur des femmes elles-mêmes. Grosso modo, c'est à cause de nous s'il y a de plus en plus de «familles monoparentales» et si la plupart de celles-ci vivent dans une misère noire. Une thèse que Bush ne reprend pas directement à son compte, mais que sa politique de promotion du mariage en guise d'aide sociale entérine.

A partir du moment où on se pose en victimes, on légitime tous les moyens de défense qu'on juge bon d'employer. Le non-paiement des pensions ? Une juste réponse à la privation des droits paternels. Et si les mères arguent de violences pour séparer les enfants de leurs pères ? Mensonges orchestrés par les lobbys féministes ! Les masculinistes brandissent des chiffres totalement invérifiables pour affirmer qu'une large proportion des accusations de violences et d'inceste proférées par des mères sont mensongères ? et sont assez puissants pour faire relayer par une presse complaisante les rares affaires où elles l'étaient effectivement. Quant aux violences conjugales, les hommes en subissent aussi, pour ainsi dire, autant, avec en outre le désavantage de ne trouver aucun soutien auprès des services sociaux. La proposition d'un des penseurs de ce mouvement, Warren Farrell, de rebaptiser l'inceste family sex (sexe en famille), en dévoile crûment l'objectif véritable : la restitution des privilèges du pater familias. Ce dont n'ont sans doute pas tout à fait conscience les machos de base déboussolés, pères à la remorque, hommes en quête d'identité qui s'y laissent entraîner. ( Pour en savoir plus, lire l'article de Martin Dufresne, du Collectif masculin contre le sexisme, Masculinisme et criminalité sexiste)

Les meneurs n'étant eux certes pas des enfants de chœur, ils ont réussi à propager leurs idées dans une opinion publique où une tenace misogynie permettait déjà la survivance d'une image désobligeante des féministes.

Au Québec, on débat fort sérieusement de la culpabilité des filles dans l'échec scolaire des garçons (Faire réussir les garçons ou en finir avec le féminisme ?, par Pierrette Bouchard.). La faute au corps enseignant, majoritairement féminin dans le cycle primaire et qui privilégie donc des valeurs «féminines» dans lesquelles les garçons ne se reconnaissent pas. En France, le Garde des Sceaux vient d'insinuer que la féminisation croissante de la magistrature pourrait nuire à l'impartialité de la justice, au détriment des hommes. Car bien sûr, les masculinistes affirment qu'hommes et femmes sont différents par nature, émotivité et donc partialité appartenant à la «nature» féminine.

Féministes ? Dites-le à vos amis !

Il est rare de pouvoir se déclarer féministe sans devoir immédiatement faire suivre une explication du mot. Tel que, il révulse. «L'égalité femmes/hommes» ou «la question du genre», selon les milieux, ça passe, on est plutôt content de dire qu'on est plutôt pour. Mais le féminisme, ça coince. Même certains des hommes engagés et bienveillants interrogés au Forum Social Mondial n'ont pu s'empêcher d'émettre cette réserve (Propos recueillis à Porto Alegre, par Dominique Foufelle). La faute en revient aux excès des féministes des années 1970, vous expliquera-t-on.

Que leur reproche-t-on au juste ? D'avoir ouvert l'accès à une sexualité sans angoisse ? Non, là, pour la pilule, on dit : «Merci, mesdames» — quand on se souvient ou qu'on a eu vent des luttes menées. D'avoir réclamé l'égalité dans la famille, au travail, plus tard en politique ? Non, ça, c'est incritiquable. Alors quoi ? Difficile de préciser la nature exacte des dits «excès». On vous dit que ces femmes étaient «contre les hommes». Pourtant, il n'y eut de violences que langagières, et sans commune mesure avec les violences que subissait alors quotidiennement une femme, qui restait en Occident une citoyenne de seconde zone. Et on jurerait qu'une horde de furies a déferlé, les ciseaux entre les dents !

Rares sont les citoyens qui ont vécu de près la naissance du Mouvement des femmes. C'était il y a trente ans. Mais l'image négative perdure, sans que personne, y compris des gens curieux, n'aille en vérifier les fondements. Curieux, non ? Comme s'il fallait garder en réserve une «mauvaise féministe». Ça peut toujours servir, pour noyauter un débat (on le voit actuellement avec celui sur la prostitution, où des réglementaristes s'emploient à discréditer les arguments abolitionnistes en feignant de les attribuer à des féministes forcément ringardes et moralisatrices) ou pour justifier sa réticence face une revendication (la féministe n'est jamais contente ? normal, puisque c'est une frustrée) ou encore se passer des blagues sexistes (la féministe n'a pas d'humour).

Avec une grande naïveté, mais de bonnes intentions (en général), des hommes nous conseillent donc de trouver une autre appellation. Hormis que cela ne serait d'aucun effet contre le sexisme, et qu'on se demande quel terme conviendrait mieux, ce serait nier la dimension politique du féminisme. A ne pas confondre avec «la question du genre». Et justement, beaucoup d'hommes confondent. Admettre que la mondialisation a des effets spécifiques sur les femmes, c'est une idée qui fait son chemin dans le mouvement altermondialiste (Deux questions à Bernard Cassen par Michèle Dessenne).

Des téméraires s'aventurent même dans l'anti-sexisme (Cherche désespérément personne non dominée par Joëlle Palmiéri). Certains s'engagent dans des recherches sur les rapports sociaux de sexe, qu'on appelle encore en France études féministes et non «de genre» (gender studies) comme aux Etats-Unis (Que pensent les hommes des recherches féministes ?, par Laure Poinsot). Prochaine étape : reconnaître le féminisme comme une grille d'analyse, un projet de société.

Les sympathisants pêchent par excès de discrétion. Au point de se retirer de débats qui les concernent au premier chef (Et si la prostitution était d'abord une histoire d'hommes ? par Marie-Christine Aubin). D'ailleurs, existe-t-il des débats lancés par les féministes qui ne concernent pas les hommes ? Justement, non. A partir du moment où il s'agit de concevoir de nouvelles donnes pour la société, tout le monde est concerné. Le féminisme n'est pas un club de dames. La non-mixité dans les groupes a été indispensable pour permettre la libre prise de parole et l'exposition des faits du point de vue des femmes. Elle reste parfois nécessaire tant que les rapports de domination n'ont pas complètement disparu. Mais les hommes qui adhèrent aux analyses du féminisme doivent l'exprimer, en particulier auprès de leurs camarades du même sexe. Qu'ils ne se croient pas tenus de s'intituler «pro-féministes» sous prétexte de ne pas empiéter sur le terrain d'autrui. Au contraire, c'est en se déclarant féministes qu'ils reconnaissent le féminisme comme un projet politique pour tous et toutes. Chiche ?
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Re: Les hommes et le féminisme

Message  poèsie 87 le Jeu 23 Mai 2013 - 7:49

Bien sur qu'il n'y a pas de mauvaises féministes, bien sur que l'image des premières sert encore de cliché mais ensuite n'avez-vous pas l'impression que le mouvement a perdu beaucoup en s'éparpillant d'autant ? Une lesbienne reste avant tout une femme, tout comme une femme qui se prostitue, pourquoi les avoir démarquer ?
Qu'ont-elles de plus ou de moins qu'une femme violentée, battue ou autres... ?
On agit trop dans le discours, la projection de ce qui serait parfait et on oublie celles qui en souffre.
Bien sur il y a des batailles à mener, sur le législatif comme sur le terrain auprès de malheureuses qui souffrent et n'ont souvent aucun recours...
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