La construction sociale de l’inégalité des sexes

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La construction sociale de l’inégalité des sexes

Message  Audre le Mer 2 Déc 2009 - 20:49

ARTICLE I: La construction sociale de l’inégalité des sexes, première partie

De nombreux scientifiques se sont penchés sur la problématique de l’origine des rapports homme femme et leurs inégalités. Alors y’a-t-il eu un combat décisif entre un homme et une femme où l’homme a gagné ? Ce qui en découle la formule tant employée d’une supériorité physique de l’homme sur la femme !!
Différentes hypothèses ont été proposées, discutées telles que la sédentarisation, la propriété privée, la division du travail, le monopole de l’outil.
Une anthropologue américaine, Paola Tabet, dans son ouvrage « la construction sociale de l’inégalité des sexes » (2004) a souhaité revenir sur les différentes théories énoncées sur l’origine de l’inégalité entre les sexes en étudiant l’organisation des sociétés primitives. Par cela elle a tenté de démanteler l’autonomie des différentes théories et a cherché à en montrer l’interdépendance. Paola Tabet crée le lien entre ces différentes théories à travers l’évocation de l’Outil comme concrétisation de la domination de l’homme sur la femme.

La sédentarisation :
Elle correspond à la fin du nomadisme, c'est-à-dire que la population se fixe dans un lieu précis, établit un mode de vie impliquant une organisation précise et commune. Cela correspond au développement de l’agriculture, de l’élevage, d’habitations fixes… La sédentarisation comme marque de l’origine de l’inégalité des sexes est une théorie à la fois pertinente et très incomplète. Le nomadisme n’exclut pas une organisation sociale définie avec une absence d’inégalités entre les sexes. Cependant, le nomadisme offre des fonctionnements et des comportements uniques : les tribus touaregs par exemple ont un fonctionnement où les femmes en l’absence des hommes obtiennent le pouvoir de décision pour la tribu. Cela n’implique pas une absence d’inégalités mais un fonctionnement différent.
Au final, la sédentarisation implique une organisation fixe et donc la possibilité de libérer du temps imparti au voyage pour d’autres activités.
La sédentarisation est associée à une évolution « d’homo habilis » à une position debout : « homo erectus ». Ainsi, l’être humain en bénéficiant de la posture droite et sur deux membres va avoir la possibilité de disposer d’une exploration visuelle de son propre corps. Par exemple, le pénis du male jusqu’alors limité dans un fourreau va devenir visible de tous et surtout par son propriétaire. En revanche, le sexe de la femelle se verra réduit en visibilité puisque la position debout aboutit à une intériorisation des vulves. Simplement, l’anatomie de nos ancêtres à quatre pattes s’apparente très clairement à celle du chimpanzé actuel. Cette évolution du physique apparaît donc aussi comme une évolution du statut du corps pour chaque sexe avec une affirmation de différences physiques visibles.
Petite interrogation : Vous, seriez-vous capable de faire la différence à première vue entre un chimpanzé male et un chimpanzé femelle ?? Il semblerait que la posture debout accentue l’identification sexuée.
Lors d'un prochain article nous évoquerons les autres possibilités marquant la construction d'une inégalité entre les sexes: la division sexuée du travail, la propriété privée, le monopole de l'outil.

ARTICLE II: La construction sociale de l'inégalité des sexes, deuxième partie

Précedemment, nous avons évoqué l'hypothèse de la sédentarisation comme marque de la construction de l'inégalité entre les sexes. A présent, nous allons développé la possibilité d'un enjeu d'une division sexuée du travail et celle de l'instauration de la propriété privée.

L’enjeu de la division du travail :
La sédentarisation permet de se donner le temps de quitter le camp pendant plusieurs jours ainsi elle développe la possibilité d’aller chasser, alors qu’avant la cueillette était exclusive. L’enfantement et l’attachement de l’enfant à un sexe devient décisif dans la répartition des taches car l’allaitement incessant impose que l’enfant et sa nourricière ne se quittent pas. Ainsi, les activités de cueillette à coté du camp rassemblent la majorité des femmes. Il est à noter que des femmes partent aussi à la chasse lorsqu’elles n’ont pas d’enfants. Ce n’était pas si rare puisque certaines sociétés ont instaurées des femmes dites « nourricières » et que l’image de tribu avec une flopée de bambins est peu réaliste vu le taux de mortalité infantile.
Une division égalitaire des taches : Cette division des taches apparaît comme égalitaire dans le sens où la chasse comme la cueillette sont d’importance égale pour la survie de la tribu. Les chasseurs-euses reviennent souvent bredouille de la chasse alors que la cueillette reste un apport en denrées quotidien et certain, à l’inverse de la chasse qui est plus aléatoire.
Développement des corps : il est certain que les femmes majoritairement à la cueillette ont adapté leur anatomie et développé leur physique en adaptation à leur activité. Ainsi, souvent accroupies, portant leur bébé sur le dos elles effectuaient des travaux répétitifs et constants (durant toute la journée). Paola Tabet a réalisé une étude très poussée du poids porté par ces femmes durant toute une journée, (donner les chiffres) il est considérable et témoigne de la pénibilité du travail qu’elles effectuaient. Pour les chasseurs-euses, la donne est différente, la chasse implique un temps d’activité plus court, plus intense, avec des pointes de vitesse plus que de l’endurance.
La division du travail a donc marqué le fossé entre les sexes autant sur le plan physique qu’intellectuel avec des activités clairement sexuées.

La propriété privée :

La sédentarisation a amené l’accroissement de la possibilité d’amasser et de capitaliser des produits. Pour exemple, nous avons tous en tête l’image du cheval dans son enclos. Cependant, les productions individuelles (plus nombreuses vu le temps libéré) telles que des colliers, des armes, des outils sont des biens appartenant aux individus. Ces biens étaient soit enterrés avec le propriétaire défunt ou alors étaient transmis. Ainsi, se pose la question de qui est héritier ?
L’idée d’un héritier devient donc un enjeu pour la transmission des biens personnels.
Rappelons que les connaissances en matière d’anatomie sont très limitées. Les relations sexuelles n’impliquent pas forcément une grossesse. Ainsi, le rôle de l’homme dans la conception des enfants est loin d’être évidente. Ceci alimente l’idée de matrilinéarité. Cette hypothèse d’une matrilinéarité repose sur l’idée que la seule certitude sur l’origine de l’enfant est la personne qui l’a porté pendant 9 mois. Ainsi, la génitrice est le lien (filiale) génétique qui rattache l’enfant au monde dans lequel il arrive (d’où l’expression de mise au monde). Ainsi, dans cette logique de transmission des biens amassés dans une vie, l’enfant devient un enjeu de propriété pour l’homme et de ce fait le corps de la femme (porteur de l’enfant) un enjeu de propriété pour l’homme aussi. Cette stratégie de domination prendra forme à travers l’instauration d’une société patriarcale.
Le patriarcat se rapporte à un système social qui voit l’homme au statut de pater familias, autorité au sein de la famille. Ce fonctionnement implique la subordination de la femme aux membres masculins recueillant cette autorité qu’est le père, le mari, le frère.
Dans un prochain article, nous verrons l’hypothèse inattendu mais non des moins intéressantes celle de l’affirmation de l’inégalité entre les sexes par le monopole de l’outil et du savoir.

ARTICLE III: la construction de l'inégalité entre les sexes, troisième partie

Nous terminons notre trilogie d'articles sur la construction des inégalités entre hommes et femmes par l'hypothèse récente dévelopée par Paola Tabet (2004) sur l'enjeu d'un monopole de l'outil et donc du savoir par l'homme comme outil de domination.

L’outil comme liaison entre sédentarisation, division du travail et propriété privée.

L’outil se développe grâce à la chasse qui se développe grâce à la sédentarisation et qui connaît des modalités de mise en application que nous avons vu précédemment (division du travail, propriété privée).
Pourquoi l’outil se développe grâce à la chasse et non la cueillette ? Tout d’abord la cueillette implique l’utilisation d’outils mais Paola Tabet les qualifie de rudimentaires et surtout constate leur absence d’évolution. La chasse implique une action courte et intense mais laisse un temps plus long pour l’observation de l’environnement, le développement de la curiosité, la découverte d’autres tribus…Ceci aboutit à un renouvellement des connaissances et une capacité d’élaboration grandement alimentée. A l’inverse, la cueillette implique un travail quotidien permanent et donc une connaissance plus « quotidienne » et l’absence de temps pour élaborer. De part la division des taches, l’outil a une exclusivité masculine et offre un pouvoir de connaissance supplémentaire aux hommes (majoritaire à la chasse). Cette exclusivité masculine est dotant plus entretenue qu’elle entérine le fossé dans la division sexuée des taches. Pour exemple, le concept développé par Nicole Claude Mathieu dans son ouvrage « anatomie politique » d’androcentrisme. C'est-à-dire la capacité à définir des concepts et des termes sous l’angle du sexe dominant. En témoigne la définition de la force physique où tout un chacun reconnaît son monopole par les hommes (capacité à soulever des poids…) cependant ne pourrions nous pas émettre l’idée selon laquelle la force physique peut correspondre à la capacité de résistance à la douleur ? Par cela, pouvons-nous énoncer avec certitude la domination de l’homme sur la femme à ce sujet ?

De cette analyse des sociétés primitives nous pouvons effectuer un pont temporel en transposant certains fonctionnements à notre société « moderne ». En témoigne la répartition des taches où l’espace privé est réservé aux femmes, elles gèrent la logistique du foyer, elles sont toujours rattachés à l’enfant… L’homme a l’espace public avec le pouvoir de décision. L’imaginaire social entretient des stéréotypes de chaque sexe, l’homme viril, musclé ; la femme soit putain soit mère…
La domination est donc symbolique et non physique. Nous avons vu que l’inégalité se fonde sur la domination et la possession de l’enfant à travers la possession du corps de la femme. En ce sens est ce anodin si les féministes d’hier et d’aujourd’hui revendiquent encore et énoncent la fameuse formule « mon corps m’appartient » ?
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