le phénomène de prostitution à Limoges

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le phénomène de prostitution à Limoges

Message  Audre le Sam 5 Déc 2009 - 14:33

Compte rendu phénomène de prostitution à Limoges

J’ai assisté à 2 jours de « formation » sur la prostitution à Limoges, organisés par la délégation régionale aux droits des femmes. La formation était plutôt destinée aux assistantes sociales qui étaient présentes en grande majorité. Quelques associations d’aide aux prostituées étaient présentes aussi dont Aides pour l’info sur les dangers sanitaires ; « les filles de la rue » une association d’aide aux prostituées africaines ; « au cœur de la rue » lieu d’accueil, d’infos, d’écoute pour les prostitués-ées et SOS racisme.
La formatrice était Martine Costes, elle est chercheure et a bossé longtemps en étude de terrain sur la prostitution en France et en Europe.
Je vais essayer de faire un état des lieux local (d’après ce que les assistantes sociales et les associations ont dit) et ensuite un point sur les législations sur la prostitution.

Les intervenants ont distingué deux types de prostitution : une prostitution visible (les filles dans la rue au champ de Juillet) et la prostitution invisible (les femmes et hommes chez eux, les étudiants-es, les prostituées traditionnelles : rue Baudelaire, les échanges internet ou téléphone rose).

Ces deux types de prostitution mettent en avant des personnes différentes :

- La prostitution visible apparaît exclusivement féminine (à Limoges) elle concerne essentiellement des femmes africaines (Cameroun, Gana, Niger…). La problématique de ces femmes est majeure. Il existe des « histoires types » de ces filles : leur arrivée en France… Par exemple la situation où une fille veut venir en France pour avoir des papiers avec l’espoir que la vie en France sera meilleure que dans son pays, pour ça elle donne 60000 euros à une personne (en gros un proxénète) pour venir en France, mais pour rembourser, elle doit se prostituer.
Autre situation : la famille a eu plusieurs enfants dont une des filles est destinée à la prostitution en Europe car elle s’inscrit dans un projet de développement de la famille (payer une maison, un mariage…). Du coup la jeune fille doit partir en Europe pour se prostituer et envoyer l’argent de sa prostitution à sa famille (cette situation implique aussi la dette de 60000 euros pour venir en France et du coup aussi son remboursement).
Après l’arrivée en France, il faut qu’elle rembourse la dette. Dans des villes comme Paris la concurrence est importante du coup il est difficile de la rembourser ou alors il faut réaliser des prestations assez « originales » pour demander un prix élevé. Limoges apparaît comme une ville où les prix sont assez élevés du coup, la dette est remboursée plus « facilement ». Ainsi, certaines prostituées se déplacent à Limoges alors qu’elles habitent à Bordeaux ou à Paris. Les proxénètes ont répondus à cette possibilité de remboursement par la peur de l’arrêt de la prostitution. Par exemple, ils font appel à des marabouts qui « envoutent » les jeunes filles en leur disant que si elles arrêtent la prostitution leur famille va mourir le lendemain. Ou encore, les jeunes filles savent que si elles arrêtent la prostitution elles ne pourront pas rentrer dans leur pays, déjà financièrement, mais aussi parce que leur famille ne voudrait pas qu’elle revienne et souhaite qu’elles se prostituent.
Pour les jeunes filles souhaitant des papiers, la situation est encore plus délicate d’autant plus qu’il s’agit de la grande majorité des prostituées. Tout d’abord, la Haute Vienne apparaît comme une région réputée pour délivrer des papiers plus facilement que d’autres. Ensuite, les jeunes filles misent sur le fait d’avoir des enfants pour obtenir des papiers et donc acceptent très souvent des relations sexuelles sans protection d’où le gros problème sanitaire de transmission des MST et surtout du VIH.

D’autres problèmes viennent se greffer à cela. D’abord, l’implication d’églises évangélistes (à Limoges) qui tiennent le discours de « la prostitution c’est mal, c’est de l’argent sale, du coup tu ne dois pas garder cet argent, donc donne le moi ». Résultat, ces églises se feraient un paquet d’argent sur la prostitution. Ensuite, il y a le problème de la répression. Depuis 2003 la loi contre le racolage condamne que les prostituées, du coup elles vivent dans une tension permanente à devoir payer des amendes qui, si je me souviens bien peuvent aller jusqu’à 10000 euros. La loi sur le racolage permet aussi de mettre en place la répression contre les sans papiers. Du coup, la chasse aux prostituées devient la chasse aux sans papiers. Ce fonctionnement aboutit à une exclusion encore plus énorme des prostituées et accentue la création de réseau de prostitution impénétrable et ne fait que servir les proxénètes. Les prostituées mettent en place des stratégies pour ne pas se faire attraper : par exemple une prostituées nigériane lorsqu’elle est arrêtée annonce qu’elle est camerounaise, elle est envoyée à l’ambassade du Cameroun et là bas ils ne la trouvent pas sur les listes (logique) du coup, elle est relâchée.
Le plus fou là dedans c’est que la loi sur le racolage de 2003 est contradictoire par rapport au statut de la prostituée en France. Depuis la fin des maisons closes la France se dit abolitionniste sur la question de la prostitution, c'est-à-dire que la prostitution n’est pas interdite seul le proxénétisme est interdit. Du coup, la prostituée est reconnue comme victime, en ce sens si une prostituée porte plainte contre son proxénète et souhaite quitter la prostitution elle peut bénéficier d’un dispositif (un peu comme le dispositif aux USA de protection des témoins dans des procès : nouvelle identité, nouvelle ville…) qui implique l’obtention de papiers (ou bien un retour au pays d’origine si cela est possible, comme on l’a vu au dessus, les familles peuvent souhaiter que leur fille se prostitue et du coup ça serait pire pour elle de rentrer). Le problème est que la loi sur le racolage est contradictoire car elle ne fait que condamner les prostituées. Du coup, quand elles sont sous l’emprise d’un proxénète avec tous les outils d’exploitation que ça implique (financier, religieux…), avec en plus la nécessité de se cacher de la police, la politique de répression contre les sans papiers… aucunes ne croient en la possibilité d’obtenir des papiers en arrêtant de se prostituer.

- La prostitution invisible est beaucoup plus diverse et flou du fait qu’elle est invisible.

Le cas des femmes des pays de l’Est : Les assistantes sociales ont mis en avant le nombre important de familles bulgares en détresse. L’entrée dans l’Europe réduit la problématique de l’obtention des papiers. Par contre, elles indiquent une misère financière et sociale et particulièrement pour les femmes. Elles évoquent une prostitution comme complément de salaire : quand les enfants sont à l’école ou alors les week end. Les proxénètes sont les maris. Les assistantes sociales insistent lourdement sur l’impossibilité de communiquer sur ce sujet là avec ces femmes car elles sont soit accompagnées par leur maris soit le sujet est trop tabou. Les AS décrivent des femmes dont l’état physique se dégrade de semaines en semaines avec un amaigrissement, des états dépressifs…
La prostitution étudiante a été évoquée comme une prostitution absolument pas perçue mais qui semblait exister à Limoges. Il semblerait que les supports de cette prostitution soit des moyens discrets comme internet, le téléphone rose…
En ce sens, le torchon brûle a mis en avant la nécessité d’effectuer une campagne d’information sur la question de la prostitution mais aussi étudiante avec une sensibilisation aux enjeux et problèmes sanitaires et psychologiques.
Enfin, la prostitution dite traditionnelle (rue Baudelaire), elle se fait à priori sans l’encadrement de proxénètes, elles apparaissent peu nombreuses (très peu d’hommes ont été recensés il semblerait). Elles sont en conflit avec les « filles de la rue » car elles dénoncent une concurrence trop grande avec des prix trop bas.


Les législations autour de la prostitution :

Il existe 3 types de systèmes législatifs en matière de prostitution : le prohibitionnisme, le réglementarisme et l’abolitionnisme

Le prohibitionnisme : (USA) : la prostitution est interdite. Le proxénète, la prostituée et le client sont des délinquants. Ce système aboutit à une prostitution souterraine où les prostituées sont de plus en plus livrées au bon vouloir des proxénètes et n’ont aucuns moyens de quitter le réseau.

Le réglementarisme : (Pays Bas) : La prostitution est réglementée (maison close…). Le proxénète est un employeur, le client un client et la prostituée est une employée. Ce système est censé cadrer la prostitution que ce soit au sens du territoire que des pratiques. Le résultat est une mise en concurrence des prostituées entre elles avec évidemment la problématique de l’immigration qui vient se greffer là dessus et donc des moyens de pressions supplémentaires pour faire baisser les prix ou alors demander des relations sexuelles particulières…

Le système abolitionniste : (France) : La prostitution n’est pas interdite. Le proxénète est un délinquant, le client un client et la prostituée une victime. Ce système a pour but de lutter contre l’exploitation prostitutionnelle par les proxénètes. Cependant, il aboutit à une prostitution sans règles avec des logiques multiples de pressions et de subordinations des prostituées. Aujourd’hui, la loi de 2003 sur le racolage vient changer ce statut de victime de la prostituée vers un statut de délinquante (comme dans le système prohibitionniste).
Le système suédois se dit néo-abolitionniste car il considère le proxénète comme un délinquant, le client comme un délinquant et la prostituée comme une victime.
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Re: le phénomène de prostitution à Limoges

Message  Pti'Mat le Dim 6 Déc 2009 - 10:38

Intéréssant!

Qu'elles moyens d'actions peut-on face à cette exploitation qui est passe partout, qui est devenu un élément du paysage limite familier pour la plupart des gens ?
Bonne idée pour la campagne à la fac.
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