L'éducation des filles, la condition de l'émancipation par le MFPF

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L'éducation des filles, la condition de l'émancipation par le MFPF

Message  leia le Ven 4 Déc 2009 - 12:04

Un domaine réservé de l'Église jusqu'à la fin du XIXème siècle.

Doit-on autoriser les filles à apprendre à lire ? Aujourd'hui, alors qu'elles fréquentent les mêmes écoles que les garçons et ont, de façon générale, de meilleurs résultats scolaires, la question ne fait pas même sourire. Elle étonne.
Et pourtant ! Quand, en 1801, Sylvain Maréchal rédige sa brochure "Projet de loi portant défense aux femmes d'apprendre à lire", la Révolution a déjà eu lieu et Maréchal n'est pas, en matière politique, un réactionnaire, au contraire.

C'est la même volonté de limiter l'accès des filles au savoir que l'on retrouve chez Napoléon : l'éducation des filles n'est pas une affaire d'État; elle est bien volontiers abandonnée à la famille ou encore à l'Église.

L'enseignement féminin est jusqu'a la fin du XIX ème siècle aux mains des institutions religieuses.

En effet, dès le XVIe siècle, I'Église s'est préoccupée de la nécessité d'instruire les filles. Les objectifs des congrégations sont simples et pratiques, guidés par la crainte des conséquences de l'oisiveté sur l'esprit des filles: il s'agit de les occuper et de former des épouses et des mères chrétiennes, c'est-à-dire dociles, vertueuses, aptes aux travaux d'aiguille.

Toutefois, en dépit de ce projet éducatif en tout point conforme à l'idéal féminin qui a traversé les siècles, le succès est faible. Les vocations d'institutrices sont peu nombreuses et l'état de l'économie française pas plus que celui des mentalités ne permet aux familles de boutiquiers ou de paysans de se priver de l'aide apportée par leurs filles. Cette préoccupation économique domestique persistera - concernant filles et garçons - bien après la loi Ferry sur l'école obligatoire.

Au XIXème siècle: petit à petit, des écoles pour les filles.

Le manque d'écoles de filles est criant depuis l'interdiction de la mixité par l'Église en 1640.
La loi Guizot (1833) qui crée l'enseignement primaire en France oublie les filles. Il faut attendre un décret de 1836 et surtout les lois Falloux (1850) et Duruy (1867) pour que s'ouvrent des écoles qui leur sont destinées. Près de la moitié de la population féminine est alors illettrée (41 % ne savent pas signer leur nom contre 25 % des hommes).

En dépit de la loi Duruy qui crée les premiers cours secondaires pour les jeunes filles, le baccalauréat et l'entrée à l'université leurs restent fermés. Pourtant, en 1861, Julie Daubié, après avoir essuyé plusieurs refus à Paris, a pu passer et obtenir son bac à Lyon. Elle a 37 ans. Craignant le scandale qui rejaillirait sur son ministère, le ministre de l'lnstruction a longtemps refusé de lui remettre son diplôme ! Madeleine Brès, qui fut la première femme médecin française en 1875, obtint elle aussi, sur intervention de l'impératrice Eugénie, une dérogation en 1866 pour passer son bac.

Cette illégalité de statut s'explique par la différence des objectifs en matière d'éducation. Les garçons sont formés à une vie active tandis que les filles le sont pour gouverner le foyer domestique, s'occuper à l'éducation des petits enfants ou exercer des métiers féminins de subsistance (travaux d'aiguille). En bref, l'école des filles les prépare à l'infériorité de leur futur rôle social.

C'est pourquoi la réforme de l'éducation des filles figure parmi les premières revendications de Condorcet, Sophie de Senneterre et l'Athénée des femmes (1808 ), Fourier, La Gazette des femmes (1836), les saint-simoniennes, Flora Tristan, Eugénie Niboyet et la Voix des femmes, jusqu'à Maria Deraismes, André Léo, et Elisa Lemonnier, de nombreuses voix réclament une instruction pour les filles.

Au nombre des projets, la coéducation (mixité), l'égalité des programmes pour les enfants alors que les filles sont toujours formées aux travaux ménagers et, sous la troisième République, à la puériculture. L'éducation professionnelle qui doit contribuer à l'amélioration de la situation des travailleuses et au relèvement des salaires est organisée par Élisa Lemonnier en 1862.

Former les mères des futurs citoyens... pas des bas bleus.

La troisième République ouvre la belle époque de la république des instituteurs.
Son souci: former des citoyens. Les petites filles ne sont pas oubliées, elles sont conviées par les lois Ferry, à l'école laïque, obligatoire et gratuite (1882). En revanche, les collèges créés pour les jeunes filles par la loi Sée (1880), proposent un enseignement d'où sont absentes les matières indispensables pour passer les examens: latin, grec, philosophie. Ils ne préparent donc ni au bac, ni à l'entrée à l'université. Il ne s'agit pas de transformer les collégiennes en femmes savantes mais de former les mères des futurs citoyens.

En 1882, dans cette logique de différence, on crée une agrégation féminine, après la fondation, l'année précédente, de l'École normale supérieure de Sèvres.

En route vers l'égalité... et la mixité.

Dès 1884, Clémence Royer, femme de sciences, donne des cours à la Sorbonne, tandis que Marie Curie reçoit en 1903 et 1911 les prix Nobel de physique puis de chimie. La première École normale supérieure mixte est fondée à Cachan en 1912.
Elle concerne l'enseignement technique.

En 1919, le baccalauréat féminin est finalement institué. Les bacs masculins et féminins ne seront équivalents et les programmes unifiés qu'en mars 1924. Cependant, il faut attendre la loi de 1938, qui supprime leur incapacité civile, pour que les femmes mariées puissent s'inscrire à l'Université sans l'autorisation de leur époux.

La loi sur l'Éducation de 1975 instaure par ses décrets d'application l'obligation de mixité de l'enseignement dans tous les établissements publics. Les progrès de la scolarisation des filles sont indéniables, même si en 1947 sur 76 000 analphabètes recensés, encore 42 000 sont des femmes. Aussi nombreuses que les garçons dans l'enseignement primaire et secondaire, elles sont, en revanche, encore trop absentes des filières mathématiques, scientifiques et techniques. C'est sur ce point que portent aujourd'hui encore les efforts des ministères concernés pour réduire les inégalités de formation entre filles et garçons. La loi d'orientation de 1989 affirme la mission d'égalité de l'enseignement.

En ce domaine, les vieux réflexes conservateurs ont la vie longue. Avec les slogans "les métiers n'ont pas de sexe", "partez gagnantes", "c'est technique, c'est pour elle...", il s'agit de faire évoluer les mentalités. Des parents, des professeurs, des conseillers d'orientation, des chefs d'entreprise mais aussi des jeunes filles elles-mêmes!
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